Abandonner avant même d’avoir essayé.

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Depuis 1890, de la primaire à l’université, on récompense le travail des élèves français par des notes. Si elles sont élevées, elles mettent en relief l’intelligence, la persévérance et la détermination du ‘bon élève’. Si elles sont basses, elles pointent du doigt les difficultés du ‘cancre’ qui a misérablement échoué, à des années-lumière du niveau des autres. C’est en tout cas la perception que j’avais de ce système étant plus jeune.

 

Alors, quand venait l’heure de la distribution des copies corrigées, la salle – pourtant pleine de vie quelques secondes plus tôt – se terrait dans un silence mortifère. Certains professeurs avaient même eu l’idée géniale de distribuer les copies par ordre décroissant, de la meilleure note à la plus mauvaise. L’attente de son nom était un supplice de plus durant cette procession humiliante, dont les plus fragiles ne se relèveront jamais.

 

La peur, qui envahit tous les étudiants petits et grands, c’est celle de l’échec. Quelles sont les conséquences de cette peur qui semble généralisée, voire normalisée, et pourtant encore si peu évoquée ?

 

L’intériorisation de l’échec.

 

L’échec, à l’école, est pénalisé par de mauvaises notes et les notes, régissent l’acquisition du savoir et des compétences. C’est donc la double sentence lorsque l’on atteint les bas fond du système de notation.  D’ailleurs il n’est pas certain que les notes soient un moyen efficace de quantifier les niveaux de chacun – si on compare les niveaux des élèves dans les pays européens et les systèmes de notations en place -, mais il semble intéressant de s’attarder sur cette peur et ses conséquences sur ceux qui en subissent les effets.

 

Elle peut engendrer une remise en question de sa propre identité, de ses capacités. C’est là aussi que la comparaison aux autres peut se mettre en place et fausser les jugements sur la valeurs de soi de ces jeunes en pleine construction. 

 

Pas étonnant que nous cherchions à éviter l’échec par tous les moyens en grandissant.

 

Néanmoins, affirmer que l’école – et le système scolaire actuel – sont les seuls responsables, sans évaluer d’autres rapports de causalités, serait incomplet. L’environnement dans lequel évolue l’enfant est tout aussi important pour analyser son rapport à l’échec. Il déterminera s’il est en capacité d’adopter un “growth mindset” (état d’esprit de croissance) ou un “fixed mindset” (état d’esprit figé). Pour résumer, le ‘growth mindset’ est un état d’esprit qui pousse à s’adapter et rebondir après un échec. Le ‘fixed mindset’ est son contraire.

 

L’apprentissage 2.0

 

Ana Lorena Fabrega est une institutrice d’un nouveau genre. Elle explique sur son site ce qui ne fonctionne pas dans le système scolaire actuel et comment, selon elle, y remédier. Sur la peur de l’échec, elle explique que l’une des source vient en partie de l’école. « Les personnes qui réussissent ont en commun leur capacité à essayer de faire quelque chose de difficile, à échouer, à apprendre de leur échec, puis à réessayer. Ces personnes n’ont pas appris cela à l’école. L’échec scolaire est pénalisé par un une mauvaise note qui figure dans votre dossier de manière permanente. Cela pousse les enfants à éviter de se confronter à l’échec par tous les moyens.”

 

Valoriser le processus d’apprentissage plutôt que le résultat final – Il est important pour nous, parents, de proposer un environnement dans lequel l’enfant pourra expérimenter de la manière la plus saine possible. “Lorsque les enfants subissent des échecs dans des environnements sûrs, ils deviennent plus résilients. Ils commencent également à se rendre compte qu’il y a quelque chose de bien pire que d’échouer : ne pas essayer par peur de l’échec”, poursuit Ana Lorena. 

 

Ses conseils sont également valables pour nous, adultes, car s’il est souvent associé à l’incapacité de l’individu, l’échec semble pourtant être le signe d’une marge de progression.

 

Contrôler ce qu’il est possible de contrôler – Quelque soit l’échec, c’est une situation inconfortable qui ne devient pas plus confortable avec l’expérience ou le temps. Il faut se faire une raison. En revanche, il faut considérer ce sur quoi nous avons possibilité d’agir, par exemple en apprenant à contrôler la façon dont ils nous affectent. Et un moyen efficace de le faire, c’est d’y être confronté le plus souvent possible et le plus tôt possible. Il n’y a pas de raccourcis.

 

Ana Lorena nous recommande à tous de “favoriser des discussions qui expliquent l’importance du processus, les leçons que l’on en tire et expliquer aux enfants que les échecs font partie de la vie. Les éviter ne les empêchera pas de se présenter sur notre route.”

 

Wissame



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