Il n’y a pas de hasard, que des nécessités.

Depuis mon adolescence, des inconnus m’interpellent et me racontent des détails personnels de leurs vies. Au premier contact, ils semblent se convaincre que je suis une oreille attentive. Et puis au fil de la discussion, ils se sentent à l’aise pour se confesser sur leurs plus grandes parts d’ombre jamais mise en lumière.  

 

J’ai d’abord pris cela pour un  ‘jeu’. Les histoires que l’on me confie sont toutes plus intéressantes les unes que les autres. Après chaque nouvelle rencontre, il me tarde de connaitre la suivante. Puis au fil des histoires et des années, je ne suis plus qu’un simple auditeur attentif. Je pose des questions, nourrissant cette curiosité avide de comprendre l’autre en tentant de comprendre les détails de son histoire.

 


Une fenêtre sur les âmes.

Surtout, je commence à refléter sur ces histoires, les morales et je les prends pour certaines comme de véritables leçons de vies. Parfois, de lourds secrets me sont confiés. Moi hypersensible, je n’ai pourtant pas les épaules pour encaisser le choc émotionnel lié au récit. Car oui, les histoires qu’on raconte ont un impact sur le spectateur, l’auditoire et tout simplement sur la personne qui reçoit le message. Le cerveau ne fait pas de différences entre une histoire vécue et une histoire racontée. Pourtant, lorsque l’occasion se présente, je n’arrête pas mon interlocuteur.

Plutôt timide, je découvre des mondes dont j’ignorais totalement l’existence. Des mondes qui m’effraient encore plus à sortir de mon cocon confortable.

Ces rencontres ne sont pourtant pas le fruit du hasard.  Même s’il semble que j’ai une prédisposition naturelle à la conversation ‘amicale’ avec des inconnus, je suis toujours resté attentif aux possibilités qui s’offraient à moi. Tout simplement. J’ai fait le choix en pleine conscience d’écouter ces personnes alors que d’autres auraient coupé court rapidement.

 


Le réalisateur et le psychologue ont beaucoup en commun.

Avec le temps, j’ai compris que je pouvais associer ce ‘don’ et raconter des histoires fascinantes, caméra au poing. Chaque conversation est menée sans questions au préalable. Je fais connaissance avec cet autre qui, devant l’objectif, décide de me dévoiler ses vulnérabilités jusqu’à en oublier la caméra. 

L’expérience de vie des autres m’a toujours fascinée. Ce qui me fascine encore plus c’est la facilité qu’ont les personnes que je filme à s’ouvrir et à partager leurs vulnérabilités. Moi, qui avais toujours peur de vivre mes rêves les plus fous, je vivais au travers du récit de ceux des autres.  

Aussi, je suis foncièrement tombée amoureux de l’humain et de sa psychologie. Filmer c’est aussi écouter l’autre. C’est aussi la possibilité d’enregistrer, de réécouter, d’absorber ce qui m’est confié en ayant l’impression d’avoir été un témoin d’un moment privilégié. 

Je suis devenu réalisateur non pas par hasard, mais par nécessité. 

La nécessité de nourrir mon besoin avide d’écouter les histoires des autres mais surtout de transmettre au plus grand nombre. De partager un petit bout de ce que j’ai vécu, et pourquoi pas nourrir d’autres curieux. Je suis devenu un facilitateur de conversations, d’échanges et de moments de vie par nécessité. Rien n’est dû au hasard.

 

 

Certains projets nécessaires mis de côté.

Et puis, il y a des projets comme Oldspiration qui prennent l’eau et coulent pour ne jamais revenir à la surface – pour le moment. Ce projet de créer une bibliothèque digitale des mémoires partait pourtant d’une nécessité. Celle de ne pas voir ces millions de souvenirs, emportés dans le silence de la mort par ceux qui les préservent.  

Face à la complexité de la mise en place du projet, j’ai décidé de capituler – pour le moment. 

J’ai toujours pris beaucoup de plaisir à discuter avec des personnes plus âgées que moi. J’imagine qu’en les fréquentant  j’ai développé une sorte de maturité précoce et un rapport au monde beaucoup plus adulte que les enfants de mon âge.  

Et puis observer, se taire et écouter c’est aussi ne pas dévoiler son ignorance et laisser les autres faire tout le travail. On parait moins bête en écoutant plutôt qu’en ouvrant la bouche. J’ai longtemps eu peur de paraitre stupide. Alors je me taisais. Et j’écoutais.

 

 

L’apprentissage par l’observation.  

C’est surtout une reconnexion véritable avec mon enfant intérieur. Depuis que je suis papa, je vois de quoi nous, les adultes, sommes capables ou avons été capables à un moment de notre existence. 

Tomber, se relever, marcher, apprendre à parler, questionner, profiter de l’instant présent pour ce qu’il est. La liste est encore longue. Nous l’avons tous oublié. Reconnecter avec cet enfant intérieur est une nécessité pour comprendre le monde complexe qui nous entoure avec plus de simplicité. Cela nous permet de déconstruire des limites que nous nous sommes fabriquées en grandissant. 

Il n’y a pas de hasard, que des nécessités. Tous ces instants qui semblent inexpliqués ne seraient-ils pas le résultat de choix et de décisions que nous avons pris ?

Il n’y a pas de hasard dans la nécessité qui est la mienne de transmettre mon message. Cette nécessité de produire, d’écrire, de converser. De continuer à croire en mes rêves. Celle de travailler avec patience, persistance et passion. Rien n’est dû au hasard.

On attribue une citation à Paul Éluard : “Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous”. Il est temps de prendre rendez-vous avec nous même et veiller à ne pas être en retard ou, ne pas annuler à la dernière minute sans raisons valables. Sinon, il se pourrait bien que vous laissiez une chance au hasard de sortir victorieux.


Wissame

 

 

 

 

 

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