Un plan (presque) infaillible.

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Il y a désormais prescription. C’était il y a environ une quinzaine d’années. À l’époque, j’avais de longs cheveux gominés, j’étais svelte comme un jet d’eau et j’étais alors en troisième année de Langues Étrangères Appliquées à l’Université. Cette troisième et dernière année d’étude était la plus importante de ma vie ; elle pouvait m’apporter la consécration ou la désillusion d’un cheminement scolaire que je me suis moi-même rendu compliqué. La pression était telle que, dès la rentrée de septembre, je n’avais que les examens de premier semestre en tête et les premiers cours m’ont indiqué que le niveau était bien au-dessus des deux années précédentes. Bien entendu, je savais que mes systèmes ne tiendraient pas une seconde. Alors, il fallait trouver un moyen de se prémunir de tout grain de sable dans le mécanisme de ma médiocrité. Il fallait surtout trouver une méthode qui n’allait pas me forcer à bousculer mes systèmes. Comment ? En trichant

 

Que celui ou celle qui n’a jamais triché de toute sa scolarité me jette la première boulette de papier. Que ce soit en copiant sur son voisin, en plaçant un antisèche dans sa trousse, ou en partageant des copies entre étudiants. Cette fois, j’étais au sommet de ma carrière scolaire. Il me fallait donc un plan étudié, réfléchi, millimétré pour passer cette dernière marche. Un plan qui ne laissait aucune place à l’improvisation. S’il fonctionnait comme nous l’avions prévu, nous allions réussir le casse du siècle. Oui. Je dis nous car j’ai embarqué un complice avec moi dans mon opération.

 

Tricher, contrairement à ce que l’on pourrait croire, requiert une grande intelligence émotionnelle, une grande ingéniosité, un sens de l’observation aiguisé et la plus grande des malices. Enfin, c’est le discours que je tiens pour justifier ce qui, aux yeux de nombreuses personnes, est injustifiable. Après avoir passé plus de vingt années dans le système scolaire, j’ai vu des personnes intelligentes, assurément brillantes, des “premiers de la classe”, sombrer fébrilement face au détecteur d’un surveillant d’examen (lui aussi certainement ancien tricheur expérimenté, qui sait) les prenant la main dans le sac. Recourir à la triche comporte des risques pour les étudiants : cinq ans sans pouvoir passer d’examens. Autant dire la peine capitale pour un gamin de vingt ans comme moi qui n’osait même pas imaginer la tête de mes parents en leur annonçant la sentence. J’ai beaucoup douté. Je me suis beaucoup questionné car en ayant en tête toutes ces considérations, le jeu en valait-il toujours la chandelle ? L’équation était simple ; je préférais être un tricheur que faire face à mon premier échec scolaire ; je préférais voler la victoire que la mériter. Alors, plutôt que de me remettre en question, j’ai décidé ce jour-là de contourner les règles. Avec le recul des années, il paraît plus simple de tricher aujourd’hui. En 2009, il fallait ruser et trouver une faille exploitable. Mon complice et moi en avons trouvé une : les brouillons. 

 

Lors de chaque examen, nous avions sur notre table une copie d’examen officielle et à l’intérieur, des feuilles de brouillons colorées. Pour compliquer la tâche aux tricheurs, la couleur des feuilles de brouillons était différente d’une épreuve sur l’autre. Cependant, nous avions la possibilité de partir de chaque examen avec ces mêmes feuilles. Il nous arrivait de faire le tour des autres amphithéâtres pour en collecter de nouvelles. En collectant les différentes feuilles colorées, nous avions toutes les cartes en main pour mettre en place notre stratégie. Ensuite, il nous fallait passer à la deuxième étape de notre plan.


Tenter de deviner la couleur du brouillon de la prochaine épreuve n’était pas une solution viable, car nous avions cinq chances sur six d’avoir une mauvaise surprise en ouvrant la copie le jour de l’examen. Alors, nous avons décidé de copier en minuscule des parties de nos cours que nous ne maîtrisions pas et il fallait donc recopier, à la main, six fois le même texte pour parer à toutes éventualités. 

 

La troisième étape était évidemment la plus dangereuse de toutes. C’est le moment où il ne faut pas trembler, où l’adrénaline est à son apogée et où l’on prie pour devenir invisible. Lorsque nous arrivions en examen, nous regardions rapidement de quelle couleur étaient les brouillons dans la copie officielle et nous profitions du chaos de l’installation des étudiants, pour sortir les nôtres en toute discrétion. 

 

Finalement, cette technique de triche n’aura servi à rien. Enfin presque. 

 

En recopiant mes cours sur les différents brouillons colorés, je mémorisais tout ce que j’écrivais. Bravo ! J’entends les applaudissements dans la salle ! Quel génie de la triche, n’est-ce pas ? Pas totalement. Il y a une donnée qui allait faire chavirer mon navire d’espoirs. Les examens en troisième année requièrent de la réflexion que ma stratégie “infaillible” n’avait pas prise en compte. J’ai complètement sabordé mon premier trimestre cette année-là, avant de partir en Erasmus. La suite de l’histoire, vous la connaissez tous. J’ai été puni pour mon manque de travail, tout simplement, car c’était la première fois de toute ma scolarité que j’échouais de la sorte.

 

L’honnêteté de quiconque peut être désorientée par l’enjeu de ces examens. La pression sur les étudiants est souvent difficilement supportable. J’étais prêt à tout pour ne pas échouer. Même à tricher. Finalement, je ne peux pas dire que j’ai réellement triché puisque je n’ai pas utilisé mes brouillons… En revanche, ce que cette tentative de triche m’a enseigné est d’une plus grande valeur que tous les diplômes : tricher, à des examens ou dans la vie, ne procure qu’un sentiment de satisfaction temporaire qui s’effrite face aux premières difficultés. Et ça, je l’ai pris bien des années plus tard.

 

Wissame

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Wissame
Wissame

Wissame Cherfi est un producteur, réalisateur, podcasteur et auteur avec une expertise de + 10 ans dans le domaine de la production audiovisuelle. Dix années qu'il met à profit désormais en tant que Consultant Créatif Freelance en aidant ses clients sur tout types de projets créatifs. « La musique qui vient de mon cœur » (2022) est son premier livre.

Publications: 71

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