Cette stratégie simple peut nous aider à résoudre des problèmes complexes.

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Un matin d’automne 1993, je me retrouve tête la première sur le bitume, en pleurs et totalement désemparé. J’ai alors cinq ans et j’apprends pour la toute première fois à faire du vélo sans l’aide de mes stabilisateurs. Comme un grand. Enfin, si grandir c’est passer du confort de sa selle à l’inconfort du sol en une fraction de seconde, alors je suis devenu maître de la discipline ce jour-là. Cette histoire, c’est celle de millions d’enfants et c’est surement la vôtre. Pourtant, ce ne sera plus celle de nos enfants grâce à l’adaptation et la démocratisation d’une invention astucieuse.

 

En 1817, Karl Drais invente l’ancêtre du vélo : une machine sans pédales et sans stabilisateurs, propulsée par les jambes de celui qui l’enfourche. Il faudra pourtant attendre 180 ans pour que les ingénieurs d’une société allemande remettent au goût du jour cette prodigieuse invention et l’adaptent aux vélos traditionnels pour enfants. Puis, encore une vingtaine d’années pour que la draisienne s’implante dans les foyers de manière durable. C’est une révolution qui permet aux enfants un apprentissage en douceur, par la maitrise de mouvements psychomoteurs complexes, de façon évolutive.

 

L’apprentissage par la maitrise de mouvements complexes.

 

Ces petites roues qui sont venues se loger sur des millions de vélos pendant des décennies sont comme les tuteurs que l’on installe sur les arbres. Elles nous procurent du confort, mais ne nous permettent pas d’apprendre à nous équilibrer. Surtout, elles brouillent les étapes fondamentales d’apprentissage évolutif d’une activité qui est complexe pour le cerveau. Plus grave encore, elles ne nous permettent pas d’exprimer notre capacité d’adaptation naturelle. En enlevant les pédales et les roulettes stabilisatrices du vélo, les enfants apprennent l’équilibre, faculté indispensable pour pouvoir monter sur un vélo de grand.

 

Que nous prouve la démocratisation de la draisienne ? Soustraire est parfois la meilleure des solutions.

 

Une étude, de Leidy Klotz et Gabrielle Adams, respectivement ingénieur et psychologue sociale à l’Université de Virginie, vient nous apporter des informations intéressantes sur le sujet. « Nous voulions savoir si, et dans quelle mesure, les gens ont vraiment négligé la soustraction lorsqu’ils sont chargés de changer les choses », déclare Gabrielle Adams. Leur enquête « n’a pas été motivée par la littérature académique, car il n’en n’existe pas sur ce phénomène. C’était vraiment le moment de réfléchir ensemble et imaginer pourquoi cela pourrait être le cas ».

 

Les chercheurs ont d’abord demandé à 91 participants de créer un motif symétrique en ajoutant ou en supprimant des cases colorées. Seulement 18 personnes (soit 20 % d’entre eux) ont utilisé la soustraction. Pour déterminer pourquoi les personnes avaient tendance à choisir des solutions additives, l’équipe a creusé plus profondément en menant une série de huit expériences avec plus de 1500 personnes. Dans une expérience, on a demandé aux gens de stabiliser le toit d’une structure Lego soutenue par un seul bloc qui reposait sur une base en forme de cube. Les participants pouvaient ajouter de nouveaux blocs pour dix centimes chacun ou se débarrasser des blocs gratuitement. Près des deux tiers des personnes du groupe indiqué ont fini par choisir d’éliminer le bloc unique plutôt que d’en ajouter de nouveaux.

 

L’incapacité d’envisager la soustraction comme solution viable.

 

Les chercheurs ont également observé que le fait de devoir simultanément jongler avec une autre tâche – comme le suivi des nombres sur un écran – a rendu les individus moins susceptibles de soustraire des éléments pour résoudre le même problème, ce qui suggère que, trouver des solutions soustractives requiert plus d’efforts que des solutions additives.

 

Les auteurs « démontrent de manière convaincante que nous avons tendance à ne pas considérer autant les solutions soustractives que les solutions additives », déclare Tom Meyvis, psychologue de la consommation à l’Université de New York.

 

Prendre du recul pour envisager la situation dans son ensemble.

 

Les exemples d’application sont multiples. Dans l’un des épisodes du documentaire Formula 1 : Drive to Survive, l’écurie Haas perd deux de ses pilotes sur abandon coup-sur-coup. En cause, deux roues qui ont été mal vissées par un des mécaniciens lors du passage au stand. Le manageur de l’écurie, Guenther Steiner, s’entretient après la course au micro d’une journaliste et dit une chose importante. « Avant de pouvoir fixer le problème, nous allons devoir l’analyser, au calme et voir ce qu’il s’est passé ».

 

Soustraire les choses qui n’ont pas d’utilité dans ma vie, m’a permis de le faire également face à des situations du quotidien.

 

Par exemple :

  • Si vous n’avez pas assez de temps dans votre semaine, peut-être devriez-vous revoir votre agenda, décider ce qui est urgent et enlever toutes activités qui ne le sont pas.

 

  • Si vous n’avez  pas assez d’argent en fin de mois, peut-être devriez-vous vous passer en revue vos dépenses et vous débarrasser de celles qui ne sont pas vitales.

 

  • Si vous n’arrivez pas à vous concentrer, alors enlever les notifications de votre téléphone pour ne pas être perturbé.

 

Soustraire n’est pourtant pas toujours la meilleure solution.

 

Par exemple, l’arrêt ravitaillement, dit pit stop, des pilotes de Formule 1 est passé de 10 secondes dans les années 2000 à en moyenne 3 secondes aujourd’hui. Des changements notables ont été mis en place et expliquent ces améliorations. Dans les années 2000, le mécanicien en charge d’enlever la roue de la voiture était aussi celui qui mettaient en place la nouvelle. Aujourd’hui, il y a deux mécaniciens. Un qui enlève la roue et un autre qui en place une nouvelle. Le gain de temps est alors phénoménal.

 

De nombreuses questions restent en suspend après la lecture de cette étude. Notamment des questions liées à l’origine de ce comportement. Notre tendance à ajouter vient-elle de l’enfance ? Se forme-t-elle naturellement ou par l’influence d’éléments extérieurs ? Aussi, il est important de rappeler que le contexte est important pour décider si l’on doit ajouter ou soustraire. Cependant, incorporer la soustraction comme une possibilité est essentiel pour pouvoir analyser les situations dans leur ensemble et prendre la décision la mieux adaptée.

 

Wissame



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