Le talent sans travail n’est que ruine de l’ambition.

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Non loin d’une station essence, une voiture perturbe le rythme de la circulation. Sur le rond-point qui me fait face, deux hommes poussent le véhicule aux abois pour le mettre en sécurité sur le bas-côté. Une fois garée, la jeune conductrice remercie ces deux belles âmes pour leur aide, tandis qu’eux, regagnent leur chemin dans l’autre sens. Enfin seule, elle ouvre son coffre, se saisit d’un petit jerricane rouge en plastique et se dirige aussitôt vers les pompes à essence situées à une dizaine de mètres de là. En reprenant le fil de mes pensées sur le chemin de la maison, j’y ai vu une métaphore.

 

Le talent est comme la jauge du réservoir d’essence d’un véhicule lancé à toute vitesse sur une route de campagne. L’aiguille progresse lentement, au fil des kilomètres, jusqu’à atteindre la zone rouge sans que le conducteur y prête attention. Soudain, un voyant lumineux apparaît sur le tableau de bord. Il est trop tard. Le niveau de carburant est à un seuil critique et la voiture puise dans ses réserves pour alimenter le moteur. Dos au mur, le conducteur cherche une solution. La station essence la plus proche se situe à plus de quarante kilomètres. Il avance, anxieux, tentant de conserver chaque goutte de son précieux liquide du mieux qu’il peut. Rapidement, la voiture titube, puis agonise. Exténuée. Elle refuse désormais de bouger d’un iota. Le bas-côté devient alors son aire de repos forcée. La station essence la plus proche est désormais à seize kilomètres. À pied, c’est quatre heures dans un sens. Et quatre dans l’autre. Bien plus qu’il n’en faut pour manquer ce rendez-vous important qui avait mené le conducteur sur ces routes désertes.

 

Se reposer, toute sa vie, uniquement sur son talent, est comme espérer qu’un plein d’essence nous suffisse pour parcourir un long trajet en voiture. Tout se passe au mieux les premières années, on avale les kilomètres sans se poser trop de questions. Tout semble facile. Puis au devant des premières difficultés, nous sommes contraints à ralentir, parfois même à nous arrêter sur le bas côté, immobilisé et sans ressources. Ce qui faisait notre force devient notre plus grande faiblesse. Les systèmes fonctionnels fondateurs de notre vie s’effondrent et se transforment en un tas de ruines.

 

La seule donnée tangible qui permet d’évaluer sa capacité à viser l’excellence, c’est le travail. Le travail, c’est ce petit jerricane rempli dans notre coffre qui nous permet de ne pas avoir à être en panne sèche de talent sur la route, de ne pas puiser dans nos réserves d’essence. Le travail permet de rester alerte à tous les signaux que nous recevons pour détecter ceux qui voudraient nous informer d’une baisse de régime. Le talent seul, n’est rien sans le travail. C’est une évidence. Tous ceux qui ont un jour goûté à l’excellence dans leur domaine le disent. De petits efforts, répétés invariablement, amènent à une routine qui conditionne la réussite dans laquelle le talent n’est qu’une partie de l’équation. Et puis, nous connaissons tous une personne talentueuse, à laquelle on prédisait un avenir sans nuages, et qui a fini par décevoir les prédictions les plus élogieuses. Par manque de confiance ? Par manque de temps ? Possible. Mais surtout par manque de travail. Par manque de discipline et d’efforts répétés sur une vie entière. Le talent sans travail n’est qu’un réservoir d’essence qui connaîtra la panne sèche tôt ou tard. Le talent sans travail n’est que ruine de l’ambition.

 

Wissame



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