Garder. Vendre. Donner. Jeter.

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Si demain je devais fuir en urgence mon pays, qu’emporterais-je dans mon sac ? Au-delà de toutes considérations éthiques, morales et géopolitiques au sujet de la situation en Ukraine  – et dans tous les autres pays ravagés par des conflits armés de manière générale – les images de milliers de personnes fuyant leur pays me poussent à la réflexion sur l’utilité de nos objets du quotidien. Quels sont ceux qui sont essentiels ? Et quels sont ceux qui ne le sont pas ? Comment déterminer un objet comme étant essentiel ? Alors, comment évaluer la nécessité d’un objet ? Quand et comment s’en séparer ? Les personnes qui me lisent depuis plusieurs années connaissent mon non-attachement au monde matériel. Dans cet article, je vais revenir sur mes dix dernières années en tant que minimaliste (sans vraiment en être un), et sur ce que je crois avoir compris de ma relation si particulière que j’entretiens avec les objets qui m’entourent.

Je suis devenu minimaliste non pas par choix, mais par nécessité. C’était en 2013, à Dublin, en Irlande. Je me retrouvais pour la première fois de ma jeune vie professionnelle au chômage après avoir quitté mon emploi dans une grande entreprise américaine. Je suis passé d’un salaire confortable à une allocation chômage qui ne pouvait plus suivre mon train de vie. En recevant le tout premier versement, j’ai compris qu’il me fallait rapidement m’adapter à ce changement soudain. Ayant une appétence toute particulière pour le commerce, je me suis mis en quête d’objets dans mon appartement qui pourraient me rapporter un peu d’argent. En quelques heures, j’ai réuni toutes ces affaires dans mon salon, et je les ai vendues sur internet en quelques jours seulement. Je me souviens avec exactitude de la plénitude que j’ai ressenti après m’être séparé de la majeure partie de mes objets. Comme si je me libérais d’un poids. À l’époque, je ne connaissais rien du mouvement minimaliste. C’est seulement des années plus tard que je vais découvrir que mon mode de vie à un nom et toute une communauté d’adeptes.

 

Cela fait maintenant dix ans que je m’entoure d’objets qui remplissent une fonction précise. Cela fait également une dizaine d’années que j’achète la plupart du temps consciemment, sans laisser l’achat compulsif prendre le pouvoir sur la raison. “Mieux vaut prévenir que guérir”. Cet adage est absolument vrai dans le cas des affaires qui s’entassent chez nous. Car l’endroit où commence le tri, n’est pas dans nos affaires, mais dans les magasins. Mieux vaut prévenir un achat compulsif que de guérir. Au fil des années, je pense avoir développé une technique qui fonctionne pour me prémunir de ces maudits achats impulsifs : le test des trois questions. Si un objet ne passe pas le test avec brio, il reste dans son rayon. Les trois questions sont les suivantes : quelle est l’utilité réelle de cet objet ? À quelle fréquence vais-je l’utiliser ? N’ai-je pas chez moi un objet similaire qui fonctionne parfaitement et qui pourrait remplir la même fonction ? Ces questions permettent de rationaliser un achat, de le contextualiser et de ne pas céder aux sirènes des campagnes publicitaires ou à l’attractivité d’un prix psychologique.

 

La technique des trois questions évite certainement d’amasser encore plus d’objets, mais que faire de ceux que l’on a chez nous et qui s’accumulent depuis des années ? De ces objets qui nous gangrènent la vie sans même que nous nous en rendions compte ?

 

Il ne s’agit pas de se lancer avec enthousiasme dans une frénésie de rangement qui conduira inexorablement à se séparer de tous ses objets à la poubelle. Précisément pas. Tout est histoire d’équilibre et de progression graduelle. Je vous conseille de commencer avec une sélection de dix objets de votre choix, pour lesquels vous allez vous poser les questions suivantes : Quand ai-je utilisé cet objet pour la dernière fois ? À quelle fréquence je l’utilise habituellement ? Combien coûte cet objet neuf si je devais le remplacer dans un futur proche ? Ces questions permettent de remettre en contexte un objet qui peut ne pas avoir servi pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. C’est une sorte de conversation que l’on a refusé avec soi-même depuis longtemps et qui permet de questionner l’utilité d’un objet, sans prendre en compte l’attachement émotionnel à cet objet. Un objet est par définition un outil destiné à un usage. On utilise les objets. S’il n’est en rien utile à cette tâche, il semblerait bien qu’il tombe dans une des quatre catégories qui permettent de commencer véritablement le processus de tri : Donner. Vendre. Garder. Jeter. 

 

Avec le recul des années, “donner” est la phase du processus que je préfère. Parcourir mes objets en me demandant à qui ils pourraient faire plaisir, et surtout, en cherchant à qui ils pourraient profiter. Il me parait capital de rappeler que donner, ne veut pas dire se débarrasser. Sinon les deux catégories suivantes sont certainement celles dont vous aurez besoin. Non, donner dans mon esprit est un acte invisible, quasi spirituel, par lequel je donne un objet qui est en parfait état extérieur ou de fonctionnement. 

 

“Vendre” est la phase qui m’a permis de m’affranchir du matérialisme chronique dont je souffrais il y a dix ans encore. C’est aussi la phase qui peut être la plus laborieuse de toutes. Je suis actuellement en plein déménagement et comme à chaque fois, j’en profite pour faire le grand ménage en donnant, jetant et vendant ce qui n’a pas ou plus d’utilité. En 2022, il y a un réel engouement pour les objets de seconde, voire de troisième main. Tant mieux. Vendre nécessite cependant beaucoup de temps investi, entre la prise des photos, la rédaction des descriptions et les communications avec les acheteurs potentiels. Le dur labeur est souvent récompensé. La phase de vente est en réalité cruciale. Très vite, on comprend que la valeur des objets chute de manière vertigineuse à partir du moment où ils quittent les magasins. 

 

Qui veut vivre avec une seule cuillère, un couteau et une fourchette ? Personne. Il y a bien généralement des aprioris sur le minimalisme. On décrit parfois ce mouvement comme celui des anticonformistes extrêmes ou des radins. Ma conception personnelle du minimalisme est de trouver un équilibre entre objets utiles au quotidien et ceux que je vais utiliser occasionnellement. Il faut peser le pour et le contre. La nuance prime. Tout donner et tout vendre ne fait partie de ma philosophie. J’ai par le passé été trop extrême dans mes décisions de me débarrasser d’un objet, le regrettant par la suite devant les sommes que je devais dépenser pour me le racheter. Avec le temps, je crois avoir réussi à trouver une sorte d’équilibre, car chaque objet est passé au crible des questions d’utilité : “Quand ai-je utilisé cet objet pour la dernière fois ? À quelle fréquence je l’utilise ? Combien coûte cet objet neuf si je devais le remplacer dans un futur proche ?”. Dans le cas où un objet a été utilisé pour la dernière fois le matin même, qu’il est utilisé chaque jour et qu’il est coûteux en magasin, c’est le signe d’un objet qu’il faut garder. Dans le cas contraire, c’est un objet qui peut rentrer dans les deux catégories précédentes, à savoir “donner” ou “vendre”.


Un sac-poubelle de 100 litres se remplit plus ou moins rapidement, selon si vous êtes un collectionneur ou un minimaliste. “Jeter”, pour moi, est la phase finale, lorsque l’objet ne rentre pas dans les trois premières catégories. Il s’agit d’objets usés, parfois cassés, parfois poussiéreux et souvent cachés, qui s’amassent jusqu’à faire oublier leur existence. Pour les autres, il y a des associations qui redonnent une seconde vie aux objets et certaines d’entre elles sont à deux pas de chez vous. Certaines proposent même de passer récupérer vos objets. Pour autant, ces associations ne sont pas des vides ordures. Un objet qui doit être jeté, doit l’être. Tout simplement. Les centres de tri sont également à votre disposition dans quasiment chaque agglomération. Très pratique pour jeter tous les objets qui ne sont pas admis dans vos poubelles de tri.

 

Les bénéfices de ces nettoyages de printemps réguliers sont multiples. Déjà, de manière pragmatique et pratique, ils permettent de regagner de la place dans un espace de vie surchargé. Il est très facile de retomber dans ses travers et de vouloir combler l’espace par d’autres objets qui vont devenir à leur tour superflu. Il s’agit pourtant d’une occasion de constater les effets directs du désencombrement sur nous-mêmes. Et c’est bien-là l’effet le plus surprenant de prime abord de cet affranchissement aux objets : le sentiment de liberté. En se séparant d’un objet inutile, on se détache par ailleurs de l’emprise qu’avait cet objet sur nous.

 

Je pourrais parler de ce sujet pendant des heures, mais il me semble que le meilleur moyen pour vous, lecteurs et lectrices, est d’expérimenter à votre rythme ce que je décris, pour en saisir le sens. Essayez… Je vous mets au défi ! Choisissez dix objets chez vous et mettez-les face aux questions d’utilité citées plus haut. Ensuite, donnez, vendez, gardez et jetez. Il se pourrait bien que vous retrouviez un espace de vie confortable, désencombré et pratique en un rien de temps. Il se pourrait aussi que vous récoltiez quelques euros dans votre quête de liberté. Alors, rappelez-vous : utilisez les objets, aimez les gens. L’inverse ne fonctionne jamais.

 

Wissame



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