« Agree to disagree. »

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La première fois que j’ai entendu cette phrase, je faisais face à un homme qui passait apparemment une mauvaise journée. Il a jugé opportun de m’en tenir responsable en m’injuriant. Gratuitement. Sans que je comprenne vraiment pourquoi. L’échange houleux qui en a découlé ne nous menait nulle part. Si ce n’est dans la mauvaise direction. Alors Aidan, mon ami et témoin malheureux de la scène, s’est interposé en disant ‘Can’t we just agree to disagree?’. En français, ‘Pouvons-nous simplement accepter d’être en total désaccord ?’

 

Agiter le drapeau blanc alors que la bataille faisait rage, impensable. Sur le moment je l’ai vécu comme une trahison. Celle du lâche qui se range du côté de l’oppresseur pour éviter l’affrontement. En réalité, Aidan venait de prendre de la hauteur pour désamorcer une bombe qui menaçait d’exploser à tout instant. Il venait surtout de me donner une grande leçon de sagesse.

 

Alors plus tard, porté par ma curiosité maladive, j’ai poussé la réflexion du ‘agree to disagree‘ au contenu que je consommais. 

 

Par définition, c’est une consommation passive – n’ayant pas d’échanges possibles avec l’auteur de l’article ou l’invité du podcast. Il m’arrive de lire ou d’entendre des choses qui sont aux antipodes de ce que je crois. Succombant à une réaction épidermique, je cesse la lecture. C’est mon moyen de couper la parole à celui avec lequel je suis en désaccord. C’est surtout le meilleur moyen que je trouve pour mettre fin à l’inconfort de cette situation.

 

À chaque fois que j’ai réussi à passer outre cette réaction – d’ailleurs, elles se comptent sur les doigts d’une seule main – j’ai découvert des choses fascinantes. Sur le sujet en question, sur celui qui l’évoque et son cheminement de pensée ou encore sur moi-même. Il m’est arrivé de renforcer ou de remettre en cause, parfois pour la première fois, certaines de mes croyances acquises ou transmises. Par extension, cela accroit ma curiosité et ma capacité à accepter de ne pas (toujours) avoir raison. C’est justement pour moi la clé de cette méthode, car il n’y a que dans l’inconfort que l’on peut envisager la croissance. Pour provoquer la croissance, il faut d’abord accepter d’être ignorant.

 

Alors la prochaine fois que vous écouterez une émission ou un épisode de podcast, que vous lirez un article ou que vous passerez du temps avec une personne qui exprime des opinions diamétralement opposées aux vôtres, ne couper pas court à la conversation en un claquement de doigts. À la place, rappelez-vous de la phrase d’Aidan. Il se pourrait bien que vous appreniez une chose ou deux.

 

Wissame

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Wissame
Wissame

Wissame Cherfi est un producteur, réalisateur, podcasteur et auteur avec une expertise de + 10 ans dans le domaine de la production audiovisuelle. Dix années qu'il met à profit désormais en tant que Consultant Créatif Freelance en aidant ses clients sur tout types de projets créatifs. « La musique qui vient de mon cœur » (2022) est son premier livre.

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