Sous les couches de papier peint.

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C’est un grand classique dans les films hollywoodiens : le personnage principal fait face à un mur sur lequel est posé un papier peint. Il aperçoit une petite entaille puis lentement, d’un pas mesuré, il se rapproche fixant sans sourciller la déchirure. La tension est à son paroxysme. En grattant avec son doigt, il réussit à en enlever un petit morceau. Quelques instants plus tard, l’horreur se révèle sous nos yeux. On découvre un papier peint plus ancien qui devient le symbole d’un traumatisme, un message manuscrit qui vient révéler un secret ou une porte condamnée qui va faire basculer le récit dans un thriller haletant.

 

Pourtant, dissimuler l’ancien papier peint par le nouveau doit unanimement hérisser les poils des bricoleurs en herbe qui me lisent. Le vieux papier peint à tendance à buller avec le temps et des bulles sur un mur, vous en conviendrez, c’est tout sauf un effet de style plaisant. Pour moi, métaphoriquement, ce nouveau papier peint représente notre désir profond de passer sous silence, d’enfouir nos traumatismes, pour nous permettre de les oublier. Éventuellement.

 

‘La transmission transgénérationnelle‘.

 

Nous sommes beaucoup à être de ceux qui collent le nouveau papier peint sur l’ancien. Ceux qui dissimulent leurs problèmes ou leurs traumatismes dans l’espoir qu’ils ne refassent jamais surface. Ces souffrances peuvent pourtant réapparaitre sous une forme insoupçonnée, parfois bien plus destructrice qu’on ne pourrait l’imaginer.

  

Nous héritons des traumatismes de celui qui les a vécus et qui ne les a pas élaborés. Les enfants en sont les premières victimes tant ils sont des éponges qui absorbent jusqu’à saturation. Ils sont aussi capables d’absorber ce que l’on se refuse de verbaliser : des comportements, des réactions et donc des émotions qui expriment des traumatismes profonds.

 

Dans un des épisodes du podcast de mon amie Keira Maameri, Malika Mansouri, une psychologue-psychanalyste développe sur le sujet. Elle parle de “se souvenir des traumatismes avant de pouvoir les oublier”. Surtout, elle parle de l’importance de parler dans le cercle familial. La révélation de ces histoires inconnues de la plupart des membres de la famille peut libérer toute une génération de ses souffrances, l’aider à se reconstruire et briser ce cercle vicieux.

  

Faire face aux doutes qui nous rongent, aux traumatismes dont nous avons soufferts semble être un passage obligé pour se libérer et libérez ceux que nous aimons. Comme le vieux papier, les traumatismes refont surface à un moment où à un autre et sous différentes formes. Alors, peut être est-il temps de se débarrasser du papier peint qui les recouvre ?

 

Wissame