Mourir pour nourrir.

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Je suis né dans l’une des plus belles rizières du nord de la Thaïlande, dans le petit village de Ban Pa Pong Piang. Un endroit fabuleux, où le temps semble ne plus avoir d’effet sur quiconque. La vie ici se divise en deux temps : le midi, les femmes brodent de magnifiques tuniques à la lueur de la lumière naturelle qui jaillit de la fenêtre, et le crépuscule, lorsque les premiers sons de voix retentissent, les premiers accords sont joués et les danses autour du feu rythment nos soirées. Ces chants sont-ils ceux qui font tomber la pluie que nous aimons tant ? J’aime à le penser, nous vivons les pieds dans l’eau la majeure partie de notre vie.

 

Et puis lorsque vient le moment de la maturation, et celui des récoltes, il nous faut quitter ce merveilleux village pour rejoindre la capitale, Bangkok. C’est un arrêt dans notre long voyage, car si nous ne connaissons jamais notre destination finale, notre destinée, elle, nous est familière depuis des siècles. Mon histoire est celle de ce grain de riz dans votre assiette que vous ne prenez plus le temps de savourer. Celui qui vient d’un pays si lointain que vous ne le connaissez que par les clichés qui lui collent à la peau. En réalité, je suis un être vivant, tout comme vous. Je suis né, j’ai grandi, j’ai mûri puis j’ai vieilli. Pourtant, je suis là, inerte, attendant patiemment la réalisation de ma destinée. Malheureusement, je n’aurai pas l’honneur de finir dans votre estomac. Non, je vais rejoindre le cimetière des aliments que vous nommez “poubelle”. J’ai entendu tant de choses à son sujet, des légendes, car de mémoire jamais aucun des miens n’est revenu de cet endroit que l’on décrit comme l’enfer des aliments.

 

Alors aujourd’hui, j’aimerais être ce grain de riz qui change la face du monde ; celui qui vous fait prendre conscience que chacun d’entre nous, dans votre assiette, est une chance que vous devez préserver. La prochaine fois que, l’un d’entre nous, vous fera les yeux doux, ne lui faites pas connaître le sort terrible qui va m’être réservé. Saisissez-le comme une opportunité et donnez-lui la chance de finir sa vie dans la dignité. Car le grain de riz est destiné à mourir, pour nourrir. Envisager la fin d’une vie comme un moyen d’en préserver une autre, n’est-ce pas la plus belle et la plus utile des morts ? 



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