Les vampires estivaux.

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Il est là, posé fièrement, sur le mûr blanc de la salle à manger. Il profite de la fraîcheur de cette matinée ensoleillée pour se reposer de son hyperactivité nocturne. Le couche-tard face au lève-tôt ; l’oppresseur face à sa victime. Cela fait des jours que je le traque sans relâche, en vain. Il est désormais là, immobile. Il me nargue, encore, comme il l’a fait toute la nuit en venant siffler dans mes oreilles cette rengaine insoutenable qui rythme mes nuits d’été depuis toujours. Partout où je vais, partout où je dors, dès la nuit tombée, lui et ses congénères me souhaitent la bienvenue à leur manière, en se délectant d’un breuvage qui les fait saliver : mon sang. Ils se jettent sur moi comme des assoiffés à la vision d’une oasis dans le désert. Bon sang, pourquoi suis-je toujours leur proie privilégiée ? Mon corps est marqué, chaque matin, comme le serait un champ après une âpre bataille. Sauf que cette “bataille” est à sens unique. Aujourd’hui, le vaincu que je suis se rebelle. Aujourd’hui, moi aussi, je vais enfin savourer ma victoire.

Au royaume des vampires estivaux, il parait que ce sont les femelles qui “causent” le plus. Elles aiment bourdonner pour attirer les mâles. Me prendrait-elle pour un énorme moustique mâle qu’elle voudrait attirer dans ses filets ? Cette créature miniature et coupable de mes tourments n’a pourtant rien de charmant à mes yeux – ni à mes oreilles. Cette sirène des airs secs et humides d’été me fait tourner la tête. Pas d’admiration, mais de la plus profonde des méprise. Cependant, elle ne fait que poursuivre sa destinée. Car si elle me “pique” mon sang, c’est pour nourrir ses œufs et ainsi assurer une bonne santé et une longue vie à sa descendance. La mission naturelle de chaque maman, finalement. Quel immense honneur que d’avoir été choisi afin de contribuer à la vie de ces assoiffés. Si seulement il ne restait aucune trace de ce braquage nocturne sur mon corps pour me rappeler l’humiliation.

Malheureusement, cet insecte sans défense, cette mère porteuse,  elle qui aurait dû vivre entre deux et trois semaines, vient de faire tomber les statistiques d’espérance de vie de ses congénères par le fracas de ma main sur son petit corps. La satisfaction est d’autant plus grande que cela fait plus de trois jours que je la traque sans relâche, mais surtout en vain. Ma revanche est désormais consommée. Néanmoins, le sentiment de satisfaction qui m’envahit est de courte durée. Les démangeaisons se réveillent subitement, des sueurs froides apparaissent dans mon dos. Cette mort hante ma conscience d’assassin. Mais qu’ai-je fait ? J’ai tué un être vivant. Une créature divine. Un joyaux de technologie naturel. Une femelle. Une future mère… Soudain, un bourdonnement se rapproche et vient m’interrompre dans ma réflexion. C’est reparti pour un tour.

Wissame

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Wissame
Wissame

Wissame Cherfi est un producteur, réalisateur, podcasteur et auteur avec une expertise de + 10 ans dans le domaine de la production audiovisuelle. Dix années qu'il met à profit désormais en tant que Consultant Créatif Freelance en aidant ses clients sur tout types de projets créatifs. « La musique qui vient de mon cœur » (2022) est son premier livre.

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