J’étais si proche d’accomplir mon plus grand rêve.

Le 24 Décembre 2014, j’écris ma liste de bonne résolutions pour 2015. À la ligne qui décrit mon objectif à long terme on peut lire : « 10 ans pour réaliser mon premier film. » Plus qu’un objectif, c’était un rêve que j’avais mis de côté pour plein de raisons.

 

Le 27 Décembre 2014 soit trois jours plus tard, une chose incroyable se produit.

 

Je tombe sur un article qui raconte l’histoire d’un jeune syrien qui traversa à la nage la mer Égée, de la pointe Turque à la pointe Grecque. Je pleure. Je relis l’article dix fois pour m’imprégner un peu plus de ce que je venais de lire.

 

À cette époque, je suivais les évènements en Syrie quotidiennement. Je me sentais tellement impuissant face aux images que je voyais. Pire, j’étais complètement outré des commentaires que je lisais sur la situation des réfugiés.
J’avais là, la possibilité de raconter cette histoire extraordinaire dans ce qui serait mon premier film…
Cela m’est apparu comme une évidence.

 

« C’est décidé, je vais raconter l’histoire de ce jeune syrien dans un documentaire !

 

Je ressors ma liste d’objectifs du 24 décembre et j’en rajoute d’autres à court et moyen terme – comme par exemple ‘trouver le jeune syrien de l’article’. Ou encore : ‘le rencontrer’, ‘écrire une note d’intention’, ‘écrire un synopsis’, etc.

 

En 2 semaines je trouve Ameer, le jeune syrien de l’article.
En 1 mois, je le rencontre à Stockholm.
En seulement 2 mois, j’ai un traitement (un descriptif du projet en détails) en anglais et en français.

En 3 mois, je suis dans les bureaux d’une boite de production parisienne qui est emballée.
En 4 mois, nous arrivons à convaincre une boite de production grecque de rejoindre l’aventure.
En 5 mois nous trouvons une boite d’animation basée à Londres qui va travailler avec nous sur le film.
En 7 mois, nous trouvons un distributeur malgré les refus de grandes chaines de télé françaises.

 

C’est incroyable tout ce qui peut être accompli en partant d’une idée mise sur papier, un plan précis, du travail et de la persévérance! Mon objectif était en train de devenir réalité…

 

Je rencontrais pourtant beaucoup de difficultés notamment dans l’écriture de mon séquencier (la façon dont je voyais le film se dérouler).
Non pas que je n’avais aucune direction, bien au contraire, l’idée du film était si claire dans ma tête que je n’arrivais pas à l’exprimer totalement sur papier.
Mais on avançait. Doucement mais surement.

Nous discutions avec la boite de production française du format, de la stratégie de distribution, etc.

 

Quand soudainement tout s’est arrêté brusquement.

 

On me diagnostique mon premier cancer en Mars 2017. Et puis, mon deuxième en Mai 2018.
J’ai dû me recentrer sur moi pendant plus de 2 ans, affronter des protocoles médicaux lourds pour retrouver des bases saines et solides.

 

Je n’arrivais plus à me concentrer sur le projet.
Entre temps, j’ai perdu contact avec Ameer, le jeune syrien.
Le projet est bien sur tombé à l’eau à mon plus grand regret.

 

D’ailleurs je n’ai réussi à encaisser cet échec que très récemment.
Le chemin que j’ai parcouru depuis 2017 m’a amené vers d’autres objectifs plus excitant les uns que les autres.

 

Mais il y a une bonne nouvelle dans tout cela.
Il me reste 5 ans pour réaliser cet objectif de 2015 : « 10 ans pour réaliser mon premier film. »