Les leçons que j’ai apprises en survivant par deux fois au cancer.

Lorsque j’écris ces lignes nous ne sommes qu’au début de l’année 2021, pourtant je viens de franchir un cap important dans mon cheminement personnel. Je viens tout juste d’entamer ma troisième année en rémission. Une victoire importante face à la maladie. Il s’est écoulé quasiment quatre ans depuis mon premier diagnostique. Quatre ans, qui m’ont beaucoup appris sur moi-même, sur mon rapport aux autres et sur le cadeau qu’est la vie tout simplement.  

Mon premier cancer survient en mars 2017. Mon fils, lui, voit le jour en juin de la même année. L’année du changement forcé donc, qui devient par la force des choses également l’année d’une quête identitaire mouvementée. Un véritable travail de fond s’est mis en place et cela ne faisait que commencer.

 

Une prise de conscience salutaire.

Chaque jour est une possibilité d’évoluer, d’apprendre et d’améliorer celui qu’on était la veille. L’une des leçons que je retiens, c’est d’avoir été face à ma propre mortalité. À un âge où l’on se croit invincible et les préoccupations sont toutes autres. 

De cette mésaventure, je retiens quelques leçons que j’aimerais partager avec vous.

 

  • Non. Le cancer n’est pas “une maladie de vieux”.

Rares sont les personnes qui n’ont pas de parents, amis ou collègues touchés par la maladie. Elles ont généralement atteints un âge avancé. C’est donc naturel de penser que des maladies comme le cancer “sont des maladies de vieux”.  Et pourtant. J’ai été touché par deux fois avant mes trente ans… 

Lors de mes différents passages dans les services d’oncologie en Irlande et en France, j’ai quasiment toujours été le plus jeune des patients dans les salles d’attente. C’est pour cela que le point suivant est essentiel à mes yeux pour réduire les facteurs risques et réduire les chances de se retrouver prématurément dans une de ces chaises de salle d’attente.

 

  • Prendre soin de sa santé lorsqu’on est en bonne santé, est essentiel.

C’est lorsqu’on ne peut plus marcher que l’on rêve de courir un marathon.

Lorsqu’on me diagnostique mon premier cancer, je me remets au sport le jour même. J’avais délaissé mon corps et les exercices physiques pendant trop longtemps.  J’ai compris que ma santé fragile ne résultait pas d’une seule et unique source. Elle était la somme de plusieurs facteurs qui, additionnés, ont créés un terreau fertile au développement de maladies.

Prendre soin de soi lorsqu’on est en bonne santé, c’est mettre toutes les chances de son côté pour le rester. 

Avant mes trente ans, les fois où j’ai eu besoin d’aller chez le médecin se comptent sur les doigts d’une main. Je pensais être un roc solide qui s’est pourtant effrité à force de ne pas me prendre en main. 

Sédentarité, manque d’exercices, alimentation inadaptée voir toxique, psychologiquement affaibli par le stress. Tels sont quelques-uns des facteurs qui ont contribué à ma chute.

Prendre soin de son corps mais aussi de sa tête. L’écriture m’a beaucoup aidé à verbaliser des problèmes et à chercher les solutions adaptées.

 

  • Apprendre à dire “non”.

Dire non, c’est dire oui aux choses et aux moments qui nous tiennent vraiment à cœur, mais aussi aux relations que nous voulons renforcer. S’entourer de personnes positives et inspirantes m’a été bénéfique, tout autant que de couper les ponts avec certaines personnes toxiques. Si couper les ponts est impossible, alors peut être qu’un éloignement temporaire permettra d’analyser la situation.

Avant la maladie, j’avais commencé à restreindre mon cercle de proches à une poignée de personnes. Depuis la maladie, j’ai étendu ce processus à mes différents cercles et chaque nouvelle personne que je rencontre passe par un détecteur de toxicité. 

Je me priorise beaucoup plus qu’avant, ce qui m’amène à ne pas forcer les relations et naturellement ne garder que celles qui me sont bénéfiques.

Relativiser sur les petits contre temps de la vie de tous les jours est important, au risque de se consumer à petit feu. Parole d’ancien négatif chronique notoire. Les petits tracas du quotidien ne peuvent pas influencer votre humeur,  votre état d’esprit ou votre vie. En accueillant ces émotions, en les décortiquant, en les comprenant, nous sommes plus à même de les contrôler.

 

  • Oser parler de ce qui ne va pas.

J’espère être de la dernière génération d’hommes qui ne s’ouvre pas lorsqu’ils ont un problème. Que ce soit à un proche, un inconnu, un psychologue ou alors dans son propre journal intime ou son bullet journal, il est important de pas alimenter le cliché de l’homme fort, infaillible qui ne doit jamais vaciller. 

Nous sommes des hommes et nous avons aussi le droit d’être fragile, de temps en temps… Ce point est aussi pour moi l’occasion de parler de l’importance de l’introspection véritable. Faire face à ses plus grands maux pour les dompter et cohabiter avec eux.

Dans mon cas personnel, j’ai pu parler de ma maladie avec un mentor qui était lui aussi passe par là. Cela m’a permis de visualiser quelque peu les défis auxquels j’allais devoir faire face. Bien sur, l’écriture est thérapeutique et je la recommande fortement pour se libérer l’esprit mais parfois, une conversation peut vraiment débloquer tout type de situation.

 

  • Ne pas remettre au lendemain.

Croyez-moi, c’est un ancien procrastinateur professionnel qui vous le dit. Dans cette newsletter je parle du moment où j’ai pris conscience de ma médiocrité, en lien à ma procrastination maladive que je croyais faire partie de mon identité. Dans sa bonté, la maladie m’a permis de mettre à jour cette tendance et de reprendre une forme de contrôle. 

Finis les projets commencés et jamais terminés. Finies les promesses jamais tenues.

J’ai aussi redécouvert la grande satisfaction qui nous envahit lorsqu’on s’engage à accomplir une tâche jusqu’au bout et que l’on s’y tient. 

 

  • Un changement durable doit se mettre en place graduellement.

Tous désirs de changement doit être radical, cependant le changement lui-même doit être mis en place avec beaucoup de bienveillance. Le premier exemple qui semble me venir à l’esprit est celui lié à mon poids. 

En 2017 je pesais 125 kilos. J’ai ensuite perdu plus de 30 kilos en moins d’un an. Un peu trop rapide peut-être, voire trop extrême ce qui a entraîné un déséquilibre de mon métabolisme. J’ai ensuite connu l’effet yoyo pendant deux ans, me voyant dans l’impossibilité de réguler mon poids.

Lorsque j’ai compris que l’objectif était de maintenir un bon état de santé général, mes actions se sont naturellement équilibrée et mon poids aussi.

 

La plus belle des leçons est celle de l’humilité. L’illusion d’éternité à laquelle je m’accrochais s’est effondrée le jour de mon diagnostic. En acceptant ma moralité, j’ai aussi renoué avec mon identité véritable, avec mon humanité la plus profonde et avec toutes les petites choses du quotidien qui semblent insignifiantes pour tant de personnes.

La vie est un cadeau.

 

Merci d’avoir lu jusque-là.
Wissame

 

No Comments

Post a Comment

1 × 3 =